Cent sept pots de confitures de groseilles ! Quatre jours que je suis sur l’affaire, sans parler du tilleul et des quelques pots de confiture de cassis.

Quand je suis sortie jeudi dernier faire mes courses, j’ai estimé tout juste le bon nombre de kilos de sucre nécessaire… en fait, je pensais être large, mais j’étais plutôt ric-rac. J’ai même dû congeler un petit kilo de purée de groseilles pour ne pas être trop juste en sucre, que j’ai pesé au minimum. J’en ferai du sirop, ou du sorbet… je verrai bien.

Pour récolter le tilleul, je me suis préparée la veille au soir en repérant les branches que je voulais couper et en préparant mes outils. Sur la lisière de ma clairière, il y a quelques tilleuls bien exposés, et dès que les fleurs ont commencé à s’ouvrir, les ramures ont vrombit d’abeilles, de bourdons et de mouches des premières lueurs du jour jusqu’au crépuscule. Si je voulais avoir ma part sans risquer d’être piquée par tout ce beau monde, il me fallait arriver hors de leur tranche horaire : soit très tard, soit très tôt. Le tard était un choix qui pouvait paraître simple de prime abord, mais je me suis rendue compte qu’au moment où les derniers butineurs s’en allaient, je n’y voyais plus assez pour cueillir en sécurité (L’opération nécessite l’escabeau et une cisaille). Il restait donc : le matin tôt.

C’est ainsi qu’à six heures moins quelque chose, avant-hier, j’ai surgi de mon lit, me suis habillée machinalement en ayant encore en tête les derniers lambeaux de mon dernier rêve, suis sortie comme une somnambule, l’escabeau sur l’épaule, et me suis retrouvée perchée au milieu du tilleul, à un mètre cinquante du sol, avant même d’être tout à fait réveillée. J’ai encore de la chance que les branches descendent bas…

Quelques coups de cisaille choisis pour faire tomber sur un drap déployé les rameaux les plus fournis en fleurs, et le tour était joué. Je n’avais pas encore retouché terre – au propre et au figuré – que les premières abeilles étaient dans la place. Vite, j’ai replié les pans du drap sur ma récolte, et j’ai filé mettre son parfum hors de portée du « nez » de ces petites bêtes. Il ne restait plus qu’à éplucher tout cela, ce qui a rempli trois paniers et m’a pris une journée.

Quant aux groseilles… la cueillette elle-même m’a pris une demi-journée. Avec le temps pluvieux que nous avons eu cette année, les groseilles étaient énormes et lourdes sur leurs buissons. Pour aller plus vite, j’ai taillé les branches couvertes de fruit. Cela renforcera les jeunes rameaux sans fruits, qui fructifieront, eux, l’année prochaine. Et j’ai pu tout rapporter dans mon « repaire », à la maison, au frais, pour cueillir les grains tranquillement. Hier et aujourd’hui, j’ai fait les confitures. Résultat, comme je l’ai dit – mais je le répète, tellement la quantité m’ébahit – cent sept (107) pots. Heureusement que mon prédécesseur était bien fourni de ce côté-là !

On emploie les expressions « vert tilleul » ou « rose/rouge groseille »… sait-on réellement quelles couleurs elles désignent ? Moi, oui.

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Jour de courses ! Je réveille la voiture avant qu’elle ne s’enfonce un peu plus dans les hautes herbes, et je pars pour la GRANDE ville : 4500 habitants et un supermarché bien pourvu en tout ce qui fait mon fond de maison.

Sur la route, avant même de croiser la première voiture, c’est une poule faisane que je rencontre sur le bas-côté : elle semble attendre la bonne occasion pour traverser. Au moment où je passe, elle se dresse toute droite et tente de se mettre à l’écart, dans le tout petit couloir disponible entre la chaussée et une haie dense doublée de grillage. J’ai eu un instant de crainte : souvent, les faisans traversent juste au moment où la voiture arrive, peut-être parce que couper la route de l’ennemi au lieu de fuir vers l’arrière est un bon moyen pour le tromper et se sauver ?

Plus loin, ce qu’il reste d’un hérisson marque le bitume d’un petit relief hérissé de piquants au milieu d’une tache sombre. Lorsqu’on n’a que la solution de se mettre en boule pour éviter le danger, on ne peut survivre à un engin pesant plus d’une tonne… Quelques kilomètres après, c’est un petit éventail de plumes claires qui s’agite dans le vent depuis les herbes du bas-côté : la nuit dernière, une chouette a traversé au ras du sol et a été percutée par un véhicule, comme cela arrive souvent. Pourquoi ne volent-elles pas plus haut ? Là c’est de nouveau un hérisson, puis un lièvre, qui a sans doute tenté de tromper son poursuivant en zigzagant sur la route, devant lui… inefficace ! Et encore ici… et là. Mes vingt kilomètres de trajet jusqu’à mes semblables est jalonnée de ces cadavres d’animaux, morts pour n’avoir pas pu s’adapter au bouleversement de leur habitat par les humains.

Depuis mon siège conducteur derrière mon volant, je regarde le ruban de bitume et me souviens de la silhouette effrayée de la faisane, toute petite créature fragile face à la violence de cette tranchée dans son parcours. De quel droit, nous, humanité, avons-nous pu transformer aussi radicalement, aussi définitivement, l’espace commun de tous les vivants pour notre usage personnel, et au grand détriment des animaux ? Me voici tout à coup scandalisée par l’état de fait, et étonnée de ne m’en rendre compte qu’aujourd’hui.

Arrivée sur le parking du supermarché, je chasse ces noires pensées et je plonge dans le monde de l’homo inconsciens

Voilà que je me sens bizarre au milieu de mes semblables ! Ne suis-je pas trop atypique ? Il a fallu que je m’habille comme « avant » pour sortir dans le monde, et que j’abandonne les loques qui me font bon usage dans le jardin, ne craignant ni les taches, ni les déchirures. J’ai l’impression d’être dans un lieu surpeuplé (Pourtant, j’ai bien choisi le jour et l’heure, et il n’y a pas foule dans le magasin). Mon espace vital, ma « bulle », qui supportait il y a une douzaine de jours le métro aux heures de pointe sans broncher, se sent maintenant oppressé, concurrencé. Tout autour de moi, d’autres humains réclament leur place et prennent la mienne, en osant passer à moins de cinq mètres de moi !… C’est, je crois, et en outre, un problème de proportions qui me dérange. Pendant cette première semaine et demi de vacances, j’ai vu en permanence quelques tourterelles, quelques mésanges, un hérisson, une ou deux buses, quelques grenouilles et têtards… et j’étais la seule représentante de l’espèces humaine. Me voici tout à coup dans un univers marqué par une faute de goût criante : il n’y a que des humains et les animaux sont invisibles. Les plantes sont peu là non plus, et tout le terrain, tout le paysage est « anthropoformé », fait par l’Homme pour l’Homme.

Où est l’harmonie, où est l’équilibre ? Pourquoi a-t-on chassé toute vie de la nôtre ? Quel est ce crime qui passe inaperçu, le martyre imposé à tous ces peuples qui vivent aussi ici et à qui nous imposons nos mœurs barbares qui les excluent totalement… et totalitairement, les annihilent ?

Ouvrons les yeux ! Cette terre n’est pas à nous, nous devons la partager avec la faune, qui a autant de droit que nous à l’habiter. C’est terrible de faire partie de l’espèce la plus forte et la plus égoïste, qui n’a même pas prévu, dans les milliers de lois qui régissent nos vies, de laisser assez de place aux autres espèces pour qu’elles survivent autrement que dans une peur continuelle et une lutte quotidienne contre des idioties… comme des routes infranchissables.

Ce milieu n’est plus le mien. C’est un désert, laid et puant, rempli de personnes aveugles à leur environnement et inconscientes du mal qu’elles font.

Je fais mes courses rapidement, et fuis. Je suis en colère contre ma propre espèce, et anxieuse de retrouver mon nouveau milieu naturel… et les miens, au jardin.

Vivement demain !

Hier et aujourd’hui, j’ai travaillé. A part arroser le potager, je n’ai rien fait que travailler : papiers, ordinateur… et au bout de la journée d’hier, je n’avais pas le goût du tout d’écrire. Enfermée dans mon bureau pour être sûre d’avoir l’efficacité maximale, je me suis privée de jardin, de dehors, de contemplation… Journées perdues ? Pas entièrement.

Car j’aime – jour de travail ou non – ce moment matinal, avant le petit déjeuner, quand je sors dans la fraîcheur, les yeux à peine déplissés et de la rosée jusqu’aux chevilles, pour m’atteler à la tâche d’arroser mes plantes. Maintenant que la chaleur s’est installée, certaines, celles que j’ai semées, que j’ai désherbées, paillées, cultivées, « mes » plantes donc, dépendent de moi pour leur survie. Un lien s’est créé entre elles et moi. Si je pense à elles et leur donne la quantité d’eau qui leur faut, elles seront belles et me donneront leurs récoltes. Si je les oublie, ou que je les néglige, ou que j’ai la flemme de me lever tôt, ou qu’un soupçon de sadisme me donne envie de ne pas les arroser, juste pour voir…. alors elles se dessècheront et disparaîtront, comme leurs infortunées voisines, celles que je ne peux plus alimenter en eau.

Si je suis un peu triste ce soir, c’est parce que j’ai l’impression de voir venir la fin des fraises des bois. Je suis presque en deuil ! Le beau tapis parfumé est impossible à arroser, il est trop grand, demande trop d’eau pour le faible débit de ma pompe. Alors les feuilles se racornissent, prennent une teinte mate, comme saupoudrées de poussière, et les fruits rouges deviennent plus sombres, comme des gouttes de sang qui sècheraient au soleil… Le parfum lui-même, ce sublime compagnon de mes premiers jours de vacances dont les effluves me rendaient euphorique, le parfum vire au trop mûr, se dirige vers l’écœurant.

C’est sans doute pour cela que je redouble de soins pour les plantes qui survivront, celles que je ferai survivre. M’en sont-elles reconnaissantes ? Moi, en tout cas, je le suis, pour leur présence et leur capacité, inconscientes qu’elles sont, à me faire du bien…

Mes haricots poussent !

Drôle de journée.

J’ai « travaillé » dans le potager toute la matinée, puis j’ai pris un grand bain, j’ai déjeuner, et je me suis allongée pour une sieste que je prévoyais de vingt minutes… et je me suis réveillée vers 18 heures, juste au moment où le vent commençait à tomber et les oiseaux à chanter de nouveau. Un verre d’eau, quelques fraises grappillées en partant pour ma promenade, puis une lente vadrouille dans mes allées, sous mon chapeau de paille, jusqu’à l’étang ; au retour, une petite demi-heure à balayer mon herbe tondue pour pailler la partie de potager dégagée ce matin… et l’heure du dîner – la plus importante, celle que sonne mon estomac – était arrivée. Ce soir, je me sens trop détendue et trop agréablement lasse pour faire quoi que ce soit d’autre.

Ça doit être le rythme des vacances qui rentre. Ou le rythme du jardin… En fait, sûrement un peu des deux. La frénésie des premiers jours est passée, je me fais sage…. j’ai l’impression d’être ici depuis mille ans et que ma vie parisienne n’est qu’une inutile et futile agitation, celle des agendas pleins de rendez-vous et d’échéances…

D’ailleurs quel dommage (ton ironique) ! Justement cette grande détente, tant attendue, arrive aujourd’hui, alors que j’avais prévu d’utiliser les heures chaudes de la journée pour un travail que je dois rendre avant la fin de la semaine… je n’en ai même pas rêvé – et pourtant, j’ai dormi longtemps !

Tant pis !

A demain ?

Depuis quelques jours, la chaleur s’installe dans l’été. Finalement ! Néanmoins, quand il fait chaud dehors, c’est un peu comme lorsqu’il pleut : je bouge peu et reste à l’abri.

Quelques heures le matin, puis quelques heures le soir me font une journée que je partage en deux par une longue séance de sieste-lecture-tournage en rond, dans la maison ou sous l’ombre des arbres.

Aujourd’hui s’est ajouté le vent, venant du nord-est, qui sèche les jeunes plantes et rebrousse les feuilles des arbres de lisière. C’en est trop. D’ailleurs, je ne suis pas la seule à attendre que le temps passe – le temps, dans le sens météorologique, bien entendu… – car les nombreux oiseaux qui partagent le jardin avec moi ont été tellement discrets tout l’après-midi que c’est comme s’ils n’avaient pas été là. Ni vol, ni chant. Seuls les divers bourdonnements des insectes faisaient un contrepoint à l’exaspérante basse obstinée du vent.

Mais ce soir, alors que la chaleur, sinon le vent, se fait plus supportable, j’entends de nouveau le chant des oiseaux. C’est un signal. Je vais pouvoir sortir et vaquer à quelques opérations jardinières…

Le matin j’arrose et je dégage un peu le potager, ou d’autres endroits touffus du jardin. Le soir je me promène dans « ma » forêt – sans outrepasser ma solide clôture comme promis au vagabond ! – pour ramasser du bois tombé, en prévision de l’hiver prochain. Les chênes abandonnent parfois des branches gigantesques, pareilles à des troncs, ou, si l’on veux une autre comparaison, grosses comme ma cuisse – que j’ai plutôt fine, mais tout de même ! La branche reste attachée à l’arbre pendant que la sève la quitte, et peut rester dans cet état des années durant. Un jour, le poids est trop grand pour la résistance du bois devenu sec, et la branche tombe d’un seul coup. Mieux vaut ne pas se trouver en-dessous lorsque cela arrive ! Je prends ma scie avec moi et je coupe les plus lourdes en tronçons transportables. Lorsqu’elles ont un poids raisonnable, je les jette sur mon épaule et les rentre, une par une, dans mon bûcher. Les charmes aussi laissent tomber leurs branches basses, lorsque celles-ci ne reçoivent pas assez de lumière du jour pour être utile à l’arbre, mais elles sont plus petites, et souvent la branche se casse toute seule en touchant le sol. Je n’ai qu’à rassembler les morceaux et les ranger à l’abri de l’humidité.

Il y a une étrange satisfaction à engranger du bois pour l’hiver au milieu de l’été, et à imaginer le froid vif sur mes joues pendant que tout mon corps s’amollit de chaleur.

Je viens de m’apercevoir que je ne commence plus mon récit quotidien par la date. Quel jour on est ?

La veille du lendemain, sans doute !

A demain ?

Toute la nuit dernière, j’ai rêvé d’images vives, colorées, au relief extra-naturel : le jardin était devenu une caricature de nature vigoureuse dont chaque partie – feuilles des arbres, sol, lichen sur les murs – dégageait une présence magnétique. A mon réveil, j’ai ouvert des yeux nouveaux. Tout avait plus de matière, plus de sens. Chaque brin d’herbe semblait revendiquer son droit à se dresser vers la lumière, d’un puissant élan né dans sa souche, chaque oiseau commençait une longue journée de combat pour sa survie et celle des siens, entre proies à trouver et prédateurs à esquiver, chaque fourmi allait accepter de porter sur son dos la responsabilité de l’entière colonie…

Descendant à la cave vers midi, j’aperçus du coin de l’œil un mouvement sur le sol. C’était un cétoine doré, un très bel insecte habituellement, mais qui paraissait terne dans la faible lumière qui régnait là, et semblait se mouvoir avec beaucoup de difficulté. En m’accroupissant pour le regarder de plus près, je compris son problème. Il avait dû échapper de justesse à une toile d’araignée, car il était encore aux trois quarts ligoté par de poussiéreux lambeaux de toile. Seules ses pattes avant étaient libres, et c’est dans cet état qu’il prenait la fuite, se guidant sur la lumière du jour tombant du soupirail.

Je pris l’animal dans la main, en attrapant l’une de ses plus grosses traînes de toile d’araignée et en le déposant délicatement dans ma paume. Un curieux déshabillage commença alors, et nous le fîmes à deux. Je tirais doucement les fils d’un côté, tandis que le cétoine se dégageait de l’autre. La toile était très collante et donnait l’impression d’un voile de saleté sur la carapace de l’insecte, mais lorsque j’eus retiré ce filet grisâtre, toute la beauté des élytres apparut. Des reflets verts ou or selon l’inclinaison de la faible lumière faisaient reluire la surface bombée. La libération des pattes ainsi que d’une antenne fut la partie la plus risquée, car je n’osais tirer trop fort, de peur de tordre ou d’arracher les fins membres dentelés. Heureusement, le cétoine termina lui-même sa toilette, en frottant les unes contre les autres ses pattes et en confectionnant avec ce déchet une pelote qu’il repoussa plus loin dans le creux de ma main. Le sauvetage était presque terminé. Le cétoine et moi étions prêts à sortir.

L’une portant l’autre, nous grimpâmes l’escalier de la cave et débouchâmes au dehors. La lumière du soleil frappa l’insecte dans ma main, le transformant en une pépite d’or bien lustrée. Je tendis le bras. L’insecte terminait de brosser ses antennes et je restai quelques seconde immobile, bras à l’horizontale devant moi, à le regarder faire. Il scintillait en vert et or au moindre de ses mouvements. Enfin satisfait de son état, il fit quelques pas, avança jusqu’à l’extrémité de mon doigt, ouvrit ses ailes et s’envola dans un vrombissement sonore. Une joie très pure éclaira mon coeur à cette seconde, tellement le spectacle était joli et mon action récompensée. Je regardai le cétoine tanguer dans les airs jusqu’à ce qu’il eut disparu derrière un arbuste, et retournai à ma cave le sourire aux lèvres…

J’avais gagné ma journée !

On peut dire que je suis seule, puisqu’il n’y a personne avec moi, si j’excepte le chemineau que j’ai revu hier. Seule, oui…. et non.

Aujourd’hui, le fait d’avoir passé une longue journée sans voir ni parler à personne a déconnecté quelque chose en moi, et permis à ce qui était dessous de s’ouvrir au monde. Ainsi, ce matin, je dégageais soigneusement et lentement des pieds de vigne que je venais de découvrir derrière les hautes herbes du potager, le long du muret qui le délimite. Sans les longs sarments qui s’appuyaient sur les graminées jaunes et les ligotaient de vert tendre, je ne me serais pas aperçue de leur présence. Mais à présent que je les voyais, je remarquais aussi que leurs pieds étaient étouffés sous les herbes, et que les minuscules grappes en formation étaient perdues en plein milieu, menaçant de pourrir avant même d’avoir pu mûrir.

J’ai donc été chercher la vieille faucille trouvée dans le petit abri de jardin, et je me suis mise au travail, à genoux, pour couper les herbes au ras du sol sans abîmer la vigne entremêlée. Le nez sur mon travail, je prenais bien soin d’utiliser la faucille comme je l’avais vu faire dans un reportage à la télé. C’était un reportage sur des pâturages minuscules en Roumanie, qui nourrissent des bêtes dont la viande est considérée comme la meilleure d’Europe…. je crois que la façon dont on les élève ne correspond pas aux normes européennes – je ne sais plus pourquoi -, et le reportage disait qu’ils devraient se garder pour eux leur bonne viande… mais c’est une autre histoire. Ce dont je me souvenais en ce moment, c’était que l’herbe des pâturages était coupée deux fois dans la saison avec des faucilles, et apportée ainsi au bétail qui était tenu dans des prés de moins grande valeur. On ne les laissait pas piétiner ni déposer des bouses dans ce terrain magique… Tout en laissant vagabonder mes pensées je m’appliquais à faire le geste de ces éleveurs des hauts plateaux roumains, geste souple et efficace, qui sciait d’un coup unique la poignée d’herbe fermement maintenue par l’autre main. Petit à petit mes yeux ont commencé à voir ce qui était devant moi, et soudain j’ai vu. Tout un petit peuple silencieux et discret existait aux alentours : je repérais des escargots – rayés, jaune pâle, ocre rouge ou bruns et gris… et même de gros escargots de Bourgogne à la coquille blanc sale – de petites araignées, des fourmis, des chenilles, etc. etc. Je l’ai dit, j’allais lentement, n’espérant pas la fin de la rangée, mais profitant de ce que je n’avais aucun horaire à respecter, et prenant plaisir à manier cet outil qui avait l’air d’avoir déjà abondamment servi. Cette relaxation a sans doute joué dans cette « révélation ».

Après mes yeux, ce fut au tour de mes oreilles de s’ouvrir. Une foule d’oiseaux de différentes espèces vaquaient à leurs activités en sons et musiques au-dessus de ma tête : certains se faisaient la cour, d’autres se pourchassaient dans les airs, ceux-là lançaient un cri d’avertissement, les derniers que sais-je ? Puis, toujours penchée sur ma faucille, les herbes et la vigne, j’ai entendu le froissement des hautes herbes sèches traversées par un petit vent irrégulier, celui des feuilles des arbres de la forêt, long murmure profond comme les vastes bois, le petit crépitement d’une cosse de pois vivace qui explose, projetant ses graines au loin et tortillant son enveloppe divisée en deux, comme un serpentin de fête… J’entendais pourtant bien avant, mais je ne faisais pas le lien entre ses sons de la nature et les existences qui les provoquaient. Tout à coup, je prenais conscience des êtres vivants autour de moi, et du fait que j’étais en plein milieu d’une journée bien occupée pour toutes ces créatures.

Faisant alors une pause dans mon nettoyage de vigne, je levai les yeux et m’assis par terre. Je regardai passer des papillons – plusieurs sortes, là aussi : de petits marrons, de plus grands marqués de rouge, de grands bruns et blanc avec un fascinant reflet irisé violet au soleil, de minuscule roux vif… Sur une feuille de vigne tout juste dégagée, une grosse mouche faisait sa toilette : sa tête pivotait sur son axe tandis que ses pattes avant passait d’arrière en avant sur ses yeux démesurés. Un peu plus loin, une grosse libellule jaune était perchée sur le sommet d’un tuteur, au-dessus de mes semis de haricots. Sous le pont de mes jambes repliées, une limace orange fuyait à la vitesse de dix mètres par heure…

Je comprenais enfin. J’étais au milieu d’une vie intense, et je m’étais crue seule ? Quel aveuglement. Tout ce qui était autour de moi était vivant : l’herbe, la vigne, les insectes et les escargots, les oiseaux là-haut… chacun avait sa vie, ses urgences, ses drames peut-être, et je ne le savais pas…

Après cette expérience, ma vision a changé. Je me croyais seule car j’étais loin de ma famille, de mes amis, de mon entourage habituel. Maintenant je réalise que, bien que je sois loin des humains, je ne suis pas seule dans mon jardin. En fait, j’ai une foule de colocataires et je viens seulement de le réaliser ! J’espère que, maintenant que je ne les ignore plus, nous pourrons mieux nous connaître, et bien nous entendre… C’est amusant, un soupçon de timidité m’envahit. Serai-je à la hauteur ?

A demain ?

Le vagabond est de retour. Il était déjà venu au printemps dernier, lorsque je n’étais pas encore installée ici. J’explorais la maison pendant que mon futur vendeur terminait la rénovation de la salle-de-bain (il est plombier de son état, mais bricoleur universel de nature). Depuis le fond du placard ou je fouillais, j’entendis quelques mots indistincts, suivis par la voix de l’artisan, plus douce et hésitante que d’habitude : « Ah, c’est très joli, mais je ne pense pas que ça puisse intéresser… désolé… »

– …n’ptit panier ? r’gard, ‘est bien çui-là… insista la voix inconnue.

– Oui, je ne dis pas le contraire, mais vous savez, on a tout ce qu’il faut… répondit mon vendeur.

Piquée par la curiosité, ou par ma fascination de toujours pour tout ce qui est plus ou moins romanichel, itinérant et nomade, je surgis alors en interrompant les refus polis :

– Attendez, je voudrais voir !.. Bonjour monsieur, alors, vous faites des paniers ?

– Oui ! N’ ptits paniers, comme ça…

Et il me tend un très joli panier rond d’osier, mariant l’osier noir et le blanc. Et il me fait l’article. Nota : la première fois que j’ai rencontré le vagabond, je ne comprenais pas une phrase sur cinq. J’ai bien progressé depuis.

– L’est joli, p’tit panier. T’fais provisions, ‘ec ça. T’ramasses ‘é pommes ! ‘t’plaît, hein !

Il parlait sur un ton enthousiaste et brusque. Tout était affirmatif dans ses phrases, même les questions.

– Oh oui, il est très joli, m’extasiais-je presque totalement honnêtement, car le panier avait vraiment ce petit je-ne-sais-quoi dont auraient raffolé les magazines de déco.

Mais du coin de l’œil je détaillais mon vis-à-vis. L’homme était à peu près de ma taille, donc environ 1,60 m. Il avait les cheveux châtain et feutrés, qui se tenaient drôlement, presque à l’horizontale. Un lambeau de tissu-éponge noué en bandeau sur son front retenait le tout loin de ses yeux. Son regard marron foncé était très direct et il ne cillait pas, ce qui lui donnait un air très insistant, presque gênant. Il avait sur lui des couches superposées de vêtements usagés. Ses mains étaient grandes et semblaient fortes, ses ongles et ses doigts semblaient plus teints que sales. Le travail de l’osier, peut-être ? Il était surtout accompagné par une extraordinaire bicyclette où tout son atelier était embarqué : sur le porte-bagages, deux fagots d’osier, un sombre, un clair, qui donnait au vélo une envergure d’à peu près deux mètres cinquante. Par-dessus, et sur le guidon, une demi-douzaine de paniers ronds étaient fixés par leur anse. Un énorme tas indéterminé, mais où je distinguais des vêtements et une couverture, était fixé sur le cadre et la selle. Je ne voyais pas les pédales.

J’ai fini par lui acheter un panier et lui ai encore passé commande d’un autre ouvrage, une caisse d’osier qui pourrait me servir à poser des bûches près du poêle (la maison est chauffée au bois… il y a tout le nécessaire dans le jardin !). Il m’apporta le panier terminé la semaine suivante, et me demanda en même temps si je n’avais pas de vieux pulls à lui donner. Plongeant dans le fatras du mort que je n’avais pas encore trié (je parle du propriétaire précédent à mon vendeur), je saisis l’occasion de me débarrasser de ces vêtements sans me déplacer, et fis un heureux. Le vagabond m’expliqua qu’il devait repartir, mais qu’il repasserait pour me remercier en me donnant un « tout p’tit panier » qu’il ferait pour moi. La fidélisation du client n’est pas l’exclusivité des grandes surfaces !

C’est aujourd’hui qu’il est repassé. Il m’a d’abord demandé des nouvelle de la caisse à bois. J’en ai eu pas mal l’usage ce printemps, il a fait tellement mauvais ! et je lui ai certifié qu’elle était très belle et que j’en étais très contente.

Il a alors sorti de derrière son dos un minuscule panier, adorable, dont le fond ne débordait pas de ma paume quand je l’ai posé sur ma main.

– Tiens, s’pou toi, pass’ke toi t’gentille, toi, j’te fais tout p’tit panier…. (j’ai mis longtemps à comprendre cette phrase, mais heureusement il s’est répété plusieurs fois)

– Oh merci…

Je le regardais sous toutes les coutures en essayant d’imaginer à quoi il pourrait servir. Le vagabond me proposa son idée :

– T’y met d’fleurs !

– Des fleurs, vous croyez ? mmm…

– Oui, t’mets des fleurs, pou’ faire joli !

Le spectre du magazine de décoration – de luxe – refit son apparition. Soudain j’eus une meilleure idée :

– Ou des tout petits fruits… des fraises des bois !

Silence et regard étonné en face de moi. Je repris :

– Mais oui, un panier pour fraises des bois ! … Vous savez que j’en ai ? Vous les avez vues ? Vous en voulez ?

Le vagabond dit un vague « Ah oui, ‘raises d’bois… t’en as ? » Et me suivit dans le potager où j’étais partie depuis le début de ma dernière phrase. Mon parterre de fraises des bois fit son petit effet. Accroupis au milieu du miracle, on se gobergea avec un bel ensemble, puis le vagabond  décida :

– Allez, on remplit t’p’tit panier !

Et nous fîmes une cueillette consciencieuse. J’en ai stocké bien plus aujourd’hui que j’en ai mangé, à l’inverse de mon habitude. Le fait de se savoir observée, sans doute.

Pendant la cueillette, on parla. Le vagabond n’est pas un romanichel, un tzigane. Quand je lui ai posé la question, il a eu un petit « tss ! » méprisant. Il est juste un vagabond, tout seul. Avec des papiers bien compliqués à gérer, surtout lorsqu’il doit se rendre à des rendez-vous de contrôle et qu’il ne sait pas exactement quel jour on est… ni lire. Il interrompait fréquemment notre conversation pour me donner des recommandations : « ‘tention, p’têtre vipères, attention » disait-il en approchant doucement la main des fraises à ras de sol. Ou encore, alors que j’avais remarqué un papillon qui essayait ses jeunes ailes trop près de nous sur le sol et que je le poussais gentiment vers le côté : « C’pas bon, ça, donne la gale ! » Je lui ai dit que j’en touchais tout le temps et que je n’avais jamais eu la gale, mais il n’a pas eu l’air de me croire….

Enfin, il m’a fait un long discours sur les « voyous » qui rôdaient dans les bois (« T’font du mal ! Pour rien !! ») et me répéta au moins dix fois de ne pas me promener toute seule loin de chez moi. Je lui en fis la promesse. Facile promesse, puisque je ne sors pas de chez moi. Ce qui ne m’empêche pas de le prendre au sérieux, et ce soir, alors que le noir est retombé tout autour de la maison, j’imagine des « voyous » cheminer de-ci delà dans la forêt, cherchant le mauvais coup et l’innocente cruche qui aurait la mauvaise idée de vouloir contempler la nature, seule, en pleine forêt, au milieu de la nuit…. Dommage, j’aurais bien…. Mais bref !

En résumé : j’étais donc seule dans mon jardin, loin de tout, avec un vagabond parfaitement inconnu à l’air louche, et je lui promettais de ne pas parler aux inconnus seule dans les bois…. Allez savoir !

A demain ?

panier

3 juillet. 

Il a plu, par intermittence, toute la journée. Je suis sortie, par intermittence moi aussi.

Comme je suis contente d’avoir tondu hier !

C’est curieux comme, à l’approche de la pluie, les oiseaux se taisent, comme les grenouilles hier soir… on dirait qu’ils écoutent d’où vient le vent, qu’ils calculent quand viendra la pluie. Eux aussi semblent interrompus dans leurs activités quand il pleut. Pas tous, cependant. Les tourterelles continuent à roucouler comme si de rien n’était, et une ou deux espèces de passereaux, très haut dans le ciel, poussent leurs cris malgré les gouttes.

Moi, je suis comme la plupart des oiseaux, je me tais quand il pleut.

J’ai tout de même réussi à suspendre mon hamac dans l’angle de la maison (elle est en forme de L), et à y rester une demi-heure, entre deux averses. Victoire ! Et pourtant, alors que je m’accroche encore à ce genre de « performance » qui marque beaucoup ma vie parisienne, cette volonté de « réussir » ma journée, un nouveau sentiment m’arrive… vanitas vanitatis ! J’ai encore du mal à mettre le doigt dessus… il faut dire que depuis mon arrivée, il m’arrive souvent de « nouveaux sentiments » ! C’est une sorte de mépris envers les efforts que l’on fait d’habitude pour « faire quelque chose de sa journée », pour « remplir bien son temps ». Si je lâchais prise, un tout petit peu, peut-être que le temps viendrais à moi tout seul, et les choses qui l’accompagnent me rempliraient sans que j’aie quoi que ce soit à faire ? Il me viens de drôles d’idées, lorsque je suis toute seule (ce qui ne m’arrive JAMAIS d’habitude) ! Demain je me laisserai porter par les évènements, sans planifier du tout ma journée et mes envies. Peut-être même que je ne regarderai plus l’heure… Je me demande si ce que je viens d’écrire peut s’apparenter à de la planification… Alors, bref, coupons, j’arrête là pour ce soir, au lit tout le monde !

Oh, j’allais oublier ! Dans le potager, pendant que j’allais cueillir mes « fraises d’apéritif et de dessert » (j’assume ainsi le fait de ne pas pouvoir me retenir de dévorer la moitié de ma récolte sur pied, lorsque je vais chercher les fraises avant le déjeuner), que disais-je ? Ah oui : j’ai vu un jeune hérisson, pas plus long que ma main. Je me suis accroupie près de lui et lui ai parlé (l’avantage d’être loin du monde est qu’on peut poser des questions à un hérisson sans être considérée comme folle par les voisins zyeutant à travers a haie…). Il ne s’est pas mis en boule, mais son souple petit nez a beaucoup remué dans ma direction. Et à peine avais-je tourné le dos pour retourner à mes fraises qu’ils s’est glissé sous les hautes herbes. Je pense que la pluie, qui a fait sortir des escargots et des limaces en pagaille, lui a donné envie de partir en chasse, malgré ses mœurs nocturnes…

Voilà. Depuis aujourd’hui, j’ai donc une vie sociale dans mon jardin. J’ai parlé à un hérisson. Grand jour.

2 juillet

Grande, longue, intense journée !

Ce matin, me frayant un chemin jusqu’au potager, j’ai dégagé assez de surface pour semer radis, haricots mange-tout, carottes, tétragone, et des fleurs. En espérant que tout cela lève. Parmi mes premiers semis, échelonnés en mai et juin, beaucoup n’ont pas pris. Mes premiers radis ont poussé quasiment hors de terre, curieux ! Mes rangs de carottes sont irréguliers : trois carottes dans le même millimètres, puis plus rien pendant un demi-mètre, puis de nouveau quelques-unes… Heureusement que je ne compte pas là-dessus pour me nourrir ! (J’en rêverais pourtant, mais j’ai une bonne marge de progrès à faire avant d’envisager la chose).

Heureusement encore, mes semis ne sont les seules plantes qui se mangent dans ce potager. Sous les hautes herbes, j’ai découvert : des groseilliers, des cassis, un énorme pied de rhubarbe dans le coin le plus à l’ombre, des quantités d’herbes aromatiques – thym, menthe, romarin, sauge… – et un surprenant parterre de fraisiers et fraisiers des bois. Depuis quelques semaines, il me donne généreusement beaucoup de plaisir gustatif. Après avoir travaillé toute la matinée dans le potager, envahi du parfum des fraises des bois, je n’ai pas résisté et j’ai terminé ma séance de jardinage assise en tailleur au bord des fraisiers, picorant les fruits à la régalade. Parfois, la vie est belle. La semaine dernière, sur l’étal d’un marchand de fruits et légumes, j’ai vu quelques barquettes de fraises des bois. Minuscules barquettes, fraisettes bien avachies… Dix euros cinquante la barquette !!! Mais tout cela est bien loin de moi aujourd’hui. Je ris en mangeant mes fraises des bois FRAICHES et gratuites.

Après-midi : tonte. Conquête de mon territoire. Ce n’est pas la partie la plus amusante de mes activités de jardin, mais il faut bien que je me fasse un peu de place au milieu de cette immense savane qui entoure la maison. Depuis mon dernier séjour ici il y a quinze jours, l’herbe a énormément repoussé. Mon bruyant compagnon – c’est comme cela que je surnomme ma tondeuse auto-portée – m’a aidée à dégager une marge d’une dizaine de mètres tout autour de la maison. De là partent, comme des pattes d’araignées, des allées à travers l’herbe haute. L’effet de la prairie sauvage contrastant avec les allées fraîchement tondues est superbe. Mes ex-sentiers sont des invitations à l’aventure…

Sortie après le dîner, j’imagine des explorations exotiques, courbée au milieu des deux parois souples des graminées. Que vais-je trouver après cette courbe ? N’est-ce pas une bête sauvage que j’ai entendu tout près ? A force de jouer, ou à cause de la nuit tombante, peut-être, j’ai eu tout à coup une boule à l’estomac. Est-ce mon instinct animal qui se réveille ? Ai-je entendu, senti, vu quelque chose ? Mais il commence à faire vraiment noir, et je ne vois presque plus rien. Ici je ne suis plus un être nocturne, comme il est si facile de l’être à Paris. Une fois la nuit tombée, le jardin appartient à d’autres créatures. Elles voient mieux que moi, ou bien leur odorat les guide… me voici devenue une pauvre handicapée pas du tout à sa place. Quelle impression bizarre ! Cherchez l’intrus dans ce jardin ? C’est moi !

Réfugiée près de la maison, je m’assieds quelques minutes pour tenter de chasser ce sentiment désagréable. Voici MA maison, et MON jardin. Je suis reine de mon royaume. Tout ce que je vois là m’appartient…. ces pensées sonnent un peu faux, mais je n’arrive pas à mettre le doigt sur le pourquoi. Je divague, plutôt !

Je lève les yeux au-dessus des frondaisons noires sur fond à peine plus pâle. Ce soir, les étoiles sont cachées, le ciel est couvert, et le vent s’est levé depuis cet après-midi. Dressant mon nez d’un côté et de l’autre dans la nuit noire, je hume l’air. Il est plus frais, cela ne m’étonnerait pas qu’il pleuve, quelque part là d’où il vient. Les grenouilles se taisent, l’étang n’existe plus.

Le temps change, et moi aussi. Je retourne à l’état sauvage !

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