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Toute la nuit dernière, j’ai rêvé d’images vives, colorées, au relief extra-naturel : le jardin était devenu une caricature de nature vigoureuse dont chaque partie – feuilles des arbres, sol, lichen sur les murs – dégageait une présence magnétique. A mon réveil, j’ai ouvert des yeux nouveaux. Tout avait plus de matière, plus de sens. Chaque brin d’herbe semblait revendiquer son droit à se dresser vers la lumière, d’un puissant élan né dans sa souche, chaque oiseau commençait une longue journée de combat pour sa survie et celle des siens, entre proies à trouver et prédateurs à esquiver, chaque fourmi allait accepter de porter sur son dos la responsabilité de l’entière colonie…

Descendant à la cave vers midi, j’aperçus du coin de l’œil un mouvement sur le sol. C’était un cétoine doré, un très bel insecte habituellement, mais qui paraissait terne dans la faible lumière qui régnait là, et semblait se mouvoir avec beaucoup de difficulté. En m’accroupissant pour le regarder de plus près, je compris son problème. Il avait dû échapper de justesse à une toile d’araignée, car il était encore aux trois quarts ligoté par de poussiéreux lambeaux de toile. Seules ses pattes avant étaient libres, et c’est dans cet état qu’il prenait la fuite, se guidant sur la lumière du jour tombant du soupirail.

Je pris l’animal dans la main, en attrapant l’une de ses plus grosses traînes de toile d’araignée et en le déposant délicatement dans ma paume. Un curieux déshabillage commença alors, et nous le fîmes à deux. Je tirais doucement les fils d’un côté, tandis que le cétoine se dégageait de l’autre. La toile était très collante et donnait l’impression d’un voile de saleté sur la carapace de l’insecte, mais lorsque j’eus retiré ce filet grisâtre, toute la beauté des élytres apparut. Des reflets verts ou or selon l’inclinaison de la faible lumière faisaient reluire la surface bombée. La libération des pattes ainsi que d’une antenne fut la partie la plus risquée, car je n’osais tirer trop fort, de peur de tordre ou d’arracher les fins membres dentelés. Heureusement, le cétoine termina lui-même sa toilette, en frottant les unes contre les autres ses pattes et en confectionnant avec ce déchet une pelote qu’il repoussa plus loin dans le creux de ma main. Le sauvetage était presque terminé. Le cétoine et moi étions prêts à sortir.

L’une portant l’autre, nous grimpâmes l’escalier de la cave et débouchâmes au dehors. La lumière du soleil frappa l’insecte dans ma main, le transformant en une pépite d’or bien lustrée. Je tendis le bras. L’insecte terminait de brosser ses antennes et je restai quelques seconde immobile, bras à l’horizontale devant moi, à le regarder faire. Il scintillait en vert et or au moindre de ses mouvements. Enfin satisfait de son état, il fit quelques pas, avança jusqu’à l’extrémité de mon doigt, ouvrit ses ailes et s’envola dans un vrombissement sonore. Une joie très pure éclaira mon coeur à cette seconde, tellement le spectacle était joli et mon action récompensée. Je regardai le cétoine tanguer dans les airs jusqu’à ce qu’il eut disparu derrière un arbuste, et retournai à ma cave le sourire aux lèvres…

J’avais gagné ma journée !

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